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Les embarcations aux dimensions les plus importantes étaient sans aucun doute celles destinées à la guerre ou aux grandes expéditions. Les plus imposantes étaient des pirogues doubles pouvant mesurer plus de 30 mètres et embarquer jusqu'à 300 personnes. Elles ont été observées par Cook en 1774 aux Îles de la Société. Leur construction était complexe et relevait de spécialistes qui se devaient tout autant de maîtriser les aspects purement techniques et architecturaux que de savoir mobiliser les divinités censées favoriser l'opération. Les coques étaient débitées le plus souvent dans les bois de 'ati , de 'uru ou de cocotier. Pour les mâts, on privilégiait le 'aito et le hutu .
Chaque archipel voire chaque île pouvait se targuer de fabriquer des pirogues uniques même si, souvent, seuls quelques détails les différenciaient. En réalité, deux grands types de pirogues coexistaient pour l'activité de la pêche. Les habitants des îles hautes avaient à leur disposition de grands arbres dont les troncs massifs permettaient la réalisation d'embarcations monoxyles c'est à dire creusées dans une seule pièce de bois. Les variétés se prêtant le mieux à ces opérations étaient celles du mara et du tämanu .
Aux Tuamotu mais également aux Australes, on construisait des "pirogues cousues". Débitée dans un tou , la quille constituait la base sur laquelle étaient ajustées l'étrave et la poupe de la pirogue. Les différentes pièces de bois étaient fixées entre elles par des liens en fibres de bourre de coco laquelle servait également à calfater les trous pratiqués à cet effet dans les planches. Faites d'une pièce ou cousues, les pirogues étaient stabilisées par un flotteur ou balancier que deux étraves maintenaient généralement à bâbord de la coque. A Tahiti, la pirogue constituée d'une coque et d'un balancier était appelée pu ho'e , mesurait de 5 à 10 mètres et pouvait transporter jusqu'à 6 personnes.
Qu'il s'agisse des pirogues de guerre ou de pêche, le mode de propulsion habituel, la pagaie, ne permettait pas de parcourir de grandes distances. On utilisait alors pour la pêche les va'a motu , les pirogues à voile et à balancier. Sur la coque, creusée dans un tronc était fixée une ou deux rangées de fargues. Un plateau effilé servait de proue alors que l'arrière de l'embarcation s'élevait progressivement. Le mât était posé sur une étroite plate-forme, elle même supportée par la traverse antérieure qui se prolongeait à tribord pour permettre aux occupants de faire contrepoids en cas de gîte trop important. Le mât, d'environ 8 mètres, supportait une voile triangulaire faite d'un tressage de feuilles de pandanus. Enfin, une grande pagaie faisait office de gouvernail. Aux Tuamotu, ce type de pirogue à voile était réalisé à partir d'embarcations cousues.
Pour les expéditions plus importantes comme le ralliement d'une autre île, c'étaient les grandes pirogues guerrières décrites précédemment qui supportaient des voiles.
Aux Marquises, des pirogues simples munies d'un balancier et mesurant une quinzaine de mètres en moyenne étaient équipées d'une voile. Pour la pêche au thon, une embarcation particulière était bâtie, le va'a tira . Il s'agissait d'une pirogue double faite de deux coques de 7 à 8 mètres et reliées par deux traverses. Une troisième permettait de fixer une perche ( tira ), sorte de canne à pêche en pürau d'une dizaine de mètres de longueur et quelquefois constituée de plusieurs éléments. Pour en assurer la stabilité cette perche était étayée de part et d'autre.
Si les pirogues ordinaires étaient quotidiennement utilisées pour la pêche, l'une avait également un caractère divin : la va'a moemoe était la pirogue sacrée du dieu tutélaire d'un marae ; elle était mise à l'eau à l'occasion de cérémonies religieuses ou guerrières. Elle pouvait abriter un petit marae sur lequel était posé le to'o , une amulette à l'image du dieu.
La vie quotidienne dans la Polynésie d'autrefois, tome 5, Encyclopédie de la Polynésie.
Pirogues (4) : Cl. Collection Ch. Gleizal
Animation : (dessin) Encyclopédie de la Polynésie
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